...et pourtant, on a tout appris à l'école !
Après un petit séjour en Bourgogne pour découvrir le terroir et ce qu’ils appellent les « climats » – noms donnés aux parcelles de vigne -, la visite de l’Hôtel-Dieu de Beaune m’a incité à revoir l’histoire de la Bourgogne.
Au Moyen-Age, cette région est-elle franque ou pas ?
La région a une histoire plus complexe que celle de la Bretagne. De mémoire, sans remonter jusqu’à Astérix et Obelix, on se souvient que la duchesse Anne s’est mariée à Charles VIII dans un beau chateau à Nantes, et on n’en parle plus. La Bourgogne, c’est plus compliqué. L’objectif est de se rafraichir la mémoire en se limitant à la Bourgogne dans ce récit qui nous emmène pourtant jusqu’aux Pays-Bas et en Provence.
Les recherches viennent de Wikipedia et mon analyse comporte probablement quelques erreurs.

Le royaume des Burgondes (Wikipedia)
date de 411, peuplé de Germains ayant traversé le Rhin. Profitant des troubles en Gaule, il s’étend en 499 jusqu’à la Méditerranée. Sa capitale fut un temps Genève, puis Lyon. Avec des accords plus ou moins formels, ils font obstacle aux attaques des Alamans pour protéger l’empire romain sur la vallée du Rhône.
Le royaume des Burgondes et le royaume des Francs vont parfois combattre l’un contre l’autre, faisant aussi face aux invasions des Wisigoths, des Ostrogoths puis des Huns mais à la mort de Clovis en 511, ils règnent sur leurs terres respectives.
En 534, les Francs vont mettre fin aux Burgondes, mais les peuples burgondes et gallo-romains vont continuer à coexister. La culture, les lois et l’identité burgonde vont survivre et le royaume de Bourgogne va apparaître pendant plusieurs siècles sous différentes formes et contours géopolitiques (duché, comté, royaume…).
Notre ville de Beaune se trouve en plein milieu.


1er royaume de Bourgogne (Wikipedia)
Ses frontières varient selon les décisions mérovingiennes mais son statut géopolitique disparait avec l’arrivée des Carolingiens.
Charles Martel le divise en 4 régions puis à la mort de Charlemagne, le traité de Verdun en 843 éclate l’unité du royaume sur une limite géographique proche de la Saône.

Le traité donne naissance
- à la Bourgogne franque, futur « Duché de Bourgogne » au 10ème siècle, à l’Ouest
- et la Bourgogne impériale, futur « Second Royaume de Bourgogne » en 933 , à l’Est.
Notre ville de Beaune est donc franque, peut-être pas pour longtemps.

Pour faire simple, les 2 territoires vont vivre séparement jusqu’en 1369, date à laquelle ils se rejoignent par un mariage.
Duché de Bourgogne
La Bourgogne franque rattachée au Royaume de France au traité de Verdun.
Les règnes des ducs s’enchainent, Capétiens, Maison de Bourgogne jusqu’en 1361, quand meurt Philippe 1er de Bourgogne.

Le Duché étant rattaché à la couronne de France, Philippe le Hardi fut nommé en 1363 par le Roi de France : seconde Maison de Bourgogne.
Beaune en fait partie
Et en 1369, il épouse Marguerite III de Flandre, héritière du comté de Bourgogne…. c’est l’autre côté de la frontière !
Bourgogne Impériale
Elle démarre donc au traité de Verdun avec Lothaire 1er mais après plusieurs générations sans héritiers et quelques conflits – on passe les traités de Prüm, de Meerssen, et de Ribemont…..-, elle est éclatée en 2 :
- la Haute-Bourgogne avec le Comté de Bourgogne et la Bourgogne transjurane au nord du Jura
- la Basse Bourgogne avec la Bourgogne cisjurane au sud du Jura et le Comté de Provence

Au Sud, à partir de 1250, l’autorité de l’empereur diminue. Le traité de Vienne de 1312 donne le comté de Lyon à la France, puis le Forez, le Vivarais, le Dauphiné du Viennois, le Valentinois et finalement la Provence en 1481
Au Nord, malgré le mariage de Jeanne II, comtesse de Bourgogne avec Philippe V, roi de France, le comté de Bourgogne reste dans l’Empire. Petite diversion avec Philippe 1er de Bourgogne (Philippe de Rouvres), qui hérite du Duché (français) en 1349 et du Comté (empire) en 1347. Mais à sa mort en 1361, le Duché retourne en France.
Et Marguerite III de Flandre va hériter….

Ce mariage – d’amour ou de raison, l’histoire ne le dit pas – en 1369 entre Philippe le Hardi et Marguerite IIi de Flandre réunit les Bourgognes et forme l’Etat bourguignon.
L’Etat Bourguignon qui possède déjà Flandre, Artois, voit se succéder Philippe le Hardi, puis Jean Sans Peur, puis Philippe le Bon – et son chancelier Nicolas Rolin – , qui va s’allier temporairement aux Anglais lors de la Guerre de Cent ans et capture Jeanne d’Arc.
Beaune est en plein milieu
L’Etat bourguignon s’étend ensuite au Brabant, au Hainaut, Luxembourg, Lorraine (disons la Belgique et les Pays-Bas).
Enfin Charles le Téméraire en 1467 décide de ne plus être le vassal ni du roi de France ni de l’empereur du Saint Empire romain germanique et rêve de reconstituer la Lotharingie sous la forme d’une continuité territoriale entre les Pays-Bas et la Bourgogne. Il se lance dans des conquêtes, entre en conflit avec Louis XI et a quelques différents avec Frédéric III du Saint-Empire.


A sa mort en 1477, son héritière Marie de Bourgogne épouse Maximilien de Habsbourg et la France reprend le duché de Bourgogne et la Picardie, ce qui est confirmé lors du traité d’Arras en 1482, et provisoirement le comté de Bourgogne, mais il sera rendu aux Habsbourg lors du traité de Senlis en 1493.
Beaune retourne en France
Les autres territoires rejoignent les Habsbourg dans le Saint-Empire. Les conflits continueront avec les descendants dont Charles Quint, arrière petits-fils, face à François 1er.
Et pourquoi le Traité de Senlis ?
En effet, je croyais que l’histoire de la Bretagne était simple, mais ici je découvre qu’elle croise celle de la Bourgogne !
Le traité de Guérande de 1365 s’applique à la Bretagne, à savoir la succession par primogéniture. François d’Etampes épouse la fille héritière Marguerite de Bretagne et devient duc de Bretagne en 1459 sous le nom de François II. Notons que c’est lui qui nommera Nantes comme capitale du duché au détriment de Vannes -. En difficulté dans le duché face à la noblesse bretonne, François II cherche une alliance profitable pour sa fille Anne de Bretagne, héritière du duché avec un prince étranger puissant pour échapper à Louis XI. Mais ce dernier est victorieux en 1488 lors d’expéditions royales et François II doit signer le traité du Verger, précisant entre autres, que le mariage de sa fille héritière ne pourra se faire qu’avec l’accord du roi de France.
A sa mort, la duchesse Anne est mariée par procuration à Maximilien d’Autriche sans l’accord du roi de France Charles VIII. Ce dernier redoutant que la Bretagne tombe dans le périmètre d’une ligue entre Angleterre, Autriche et Aragon d’Espagne contre la France, attaque la Bretagne en 1491. La Cour de Bretagne capitule, le mariage par procuration est dénoncé et Charles VIII épouse Anne de Bretagne, dénoncant ainsi ses propres fiançailles avec la fille de Maximilien. Pour calmer Maximilien, il devra signer le traité de Senlis où il perd le comté de Bourgogne…. La boucle est bouclée.
Mais Beaune reste en France
Peut-on dire que par mariage interposé, on a échangé la Bretagne contre la Bourgogne ?
Durant le règne de Charles Quint, le comté de Bourgogne est prospère grâce à des traités de neutralité entre France et Habsbourg.
Lors de son abdication en 1555, Charles Quint sépare ses territoires entre son fils – les Habsbourg d’Espagne – et son frère – les Habsbourg d’Autriche, le comté de Bourgogne est rattaché à l’Espagne.
Jusqu’en 1679 sous Louis XIV, l’Espagne et la France se battent et seulement le Traité de Nimègue donnera définitivement le comté de Bourgogne au royaume de France sous le nom de Franche-Comté. Besançon en sera la capitale.
Beaune
L’Hotel-Dieu de Beaune ayant été la visite principale de cette escapade, a été fondé par Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins en tant qu’hospice en 1443.
Beaune est alors cité du Royaume des Deux-Bourgogne, l’Etat Bourguignon.
Nicolas Rolin d’abord avocat de Jean Sans Peur est chancelier de Philippe le Bon
Guigone de Salins fille de la famille de Salins-la-Tour, nobles du Jura. Salins est situé dans le Jura, donc dans le comté de Bourgogne. Sa richesse essentielle consiste en mines de sel (3000 tonnes par an) propriété quasi exclusive des comtes de Bourgogne, qui procurent plus de la moitié des revenus du comté grâce au travail de près de 1000 ouvriers.

En conclusion
Ne pas connaître l’histoire avant la visite ne m’a pas particulièrement géné lors des dégustations et je suis bien content que la Bourgogne soit désormais Terre de France.


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