La conquête du Caucase par la Russie, pour comprendre l'actualité récente

Le prochain article à venir est encore en cours de rédaction. Il concerne le soutien soviétique aux peuples nationalistes des pays étrangers proches et par conséquent les conflits avec les gouvernements légitimes.
Constatant que beaucoup d’entre eux surviennent dans le Caucase – en Ossétie du Nord, au Daguestan, en Abkhazie, au Haut Karabakh -,  j’ai dû reprendre mes livres d’école dans lesquels je n’ai rien trouvé…..J’ai donc écrit cet article en préambule pour décrire l’histoire résumée des pays concernés et le récit de la conquête du Caucase par l’empire russe. Quelques cartes à l’appui pour en comprendre les enjeux.

Beaucoup d’articles sont disponibles sur Internet. Celui-ci présente la conquête sous son aspect religieux.

Le Caucase relie la mer Noire à la mer Caspienne à travers les montagnes qui culminent à 5642 m avec le Mont Elbrouz.

D’un point de vue global, l’expansionnisme de l’empire Russe vers le Sud démarre avec Ivan IV ‘Le Terrible’ (1533-1584). Après avoir soumis le khanat d’Astrakan en 1556 et épousé la fille d’un souverain tcherkesse, il développa des aliens avec Tiflis (Tbilissi) et se déclara souverain de la Terre des rois de Géorgie, bien que les peuples ne soient pas soumis.
Pierre le Grand (1682-1725) conquit les provinces du Nord de l’empire perse à partir de 1722 et ses projets expansionnistes seront poursuivis par Catherine II (1762-1796), puis Paul 1er (1796-1801) et Alexandre 1er (1801-1825).

La « guerre du Caucase » aussi appelée « conquête du Caucase » a lieu de 1817 à 1864. Ceci dit, l’expansionnisme russe sur la région démarre avec la guerre russo-turque de 1768. Elle se termine en 1864 avec l’exode des Circassiens.

Pendant que Napoléon se préoccupe de son empire en Occident, les 3 empires russe, ottoman et perse se préoccupent du Caucase.

Situation des frontières russes en 1801

Crimée et terres d’Azov
Le Traité de Koutchouk-Kaïnardji en 1774, suite à une guerre avec la Russie expansionniste de Catherine II, marque le début du déclin de l’empire ottoman.
Le khanat de Crimée devient russe. Il regroupe la péninsule et tous les terres entourant la mer d’Azov.

Kabardie
Aujourd’hui, la région regrouperait approximativement l’Ossétie du Nord et la Tchétchénie.
Par le même traité, elle devient russe en 1774.

Circassie
La guerre de l’empire russe contre la Circassie de 1764 à 1864 aboutira après 100 ans à la déportation des populations vers les Balkans et la Turquie.

Géorgie occidentale
Issue de la division du royaume de Géorgie en 1490 ; l’Iméréthie sur la mer Noire sombre dans le chaos et éclate en 4 parties :

  • la Gourie au sud qui va finalement se soumettre à l’empire ottoman en 1581 à la suite d’un conflit avec la Mingrelie,
    et les 3 autres qui forment donc la Géorgie occidentale
  • la Svanetie, au nord principauté indépendante, qui sera annexée à l’empire russe en 1858,
  • la Mingrelie, principauté indépendante le long de la mer noire, au sud de l’Abkhazie, qui se mettra sous la protection de la Russie en 1803,
  • et l’Iméréthie, ou plutôt ce qu’il en reste après que certaines de ses régions aient rejoint la Mingrelie, le Gourie ou la Svanetie, est un royaume indépendant qui deviendra protectorat russe en 1804
Frontières des régions approximatives

Situation des frontières ottomanes en 1801

la Gourie est déjà une principauté autonome au sein de l’empire ottoman depuis 1581. Elle deviendra protectorat russe en 1803.

l’Abkhazie, sous le joug turc depuis le 16ème siècle

Situation des frontières perses en 1801

Après la campagne perse de Pierre le Grand en 1722 et la campagne ottomane de Anne de Russie en 1739, les différents khanats de Derbent, de Chirvan, du Karabagh, de Kouba, de Bakou… tous indépendants sont finalement restitués à la dynastie perse des Kadjars.

La Kartlie et la Kakhétie, respectivement partie centrale et orientale du royaume de Géorgie lors de sa division en 1490 se réunissent et après négociations avec les khanats de Karabagh, de Gandja, de Shaki, de Shemakha, de Nakhitchevan ainsi que l’Arménie – khanat d’Erevan et l’Azerbaidjan iranien, l’ancien royaume de Géorgie renait en 1760 sous le nom de royaume de Kartl-Kakhétie et se place sous la protection de Catherine II de Russie. Malgré tout, l’empire perse pour reprendre sa province d’Azerbaïdjan attaque le royaume qui passe ainsi sous le contrôle des perses en 1795.

1801 : les 3 empires en présence

Les frontières sont communes entre les 3 empires.
(limites rouges sur la carte)

L’empire russe s’arrête au pied du massif côté Nord.
L’empire ottoman sur la mer Noire inclut la Gourie et l’Abkhazie.
L’empire perse possède presque la totalité du Caucase sous forme de khanats semi-indépendants suzerains de l’Empire, déjà regroupés au cours du 18ème siècle ainsi que le royaume de Kartl-Kakhétie au centre, appelé Géorgie orientale ou simplement Géorgie.

L’expansionnisme de la Russie va se concrétiser durant le 19ème siècle, et la réorganisation administrative sera figée quelque temps lors de la révolution russe de 1917, laissant les germes de conflits futurs.

1ère Guerre russo-persanne 1804-1813

Le conflit commence par l’annexion pure et simple de la Géorgie par le tsar Alexandre 1er en 1801. Celui-ci pousse ses troupes à la frontière perse. Malgré plusieurs revers dus à la défense perse efficace, les russes obtiennent victoire et signent le traité de Golestan.
Les khanats et la Géorgie passent sous contrôle de l’empire russe, à l’exception des khanats d’Erevan et de Nakhchivan qui restent perses.
(limites vertes sur la carte).

Plus tard en 1846, tous les khanats seront regroupés sous le nom de “Gouvernement de Chemaka”, puis “…de Bakou”. Ce gouvernement prendra le nom définitif d’Azerbaïdjan lors de son indépendance en tant que république soviétique en 1920.

2ème guerre russo-persanne 1826-1828

L’empire perse est humilié par le traité précédent. Les perses décident de reconquérir le Caucase accompagnés d’une promesse britannique pour une aide logistique, ceux-ci voulant trouver un corridor géographique vers l’Asie centrale. La promesse sera peu tenue et la riposte russe est victorieuse très rapidement et le traité de Turkmantchaï est signé en 1828.
La Perse perd la totalité du Caucase qui devient russe, y compris la partie orientale de l’Arménie (khanat d’Erevan).
(limites bleues sur la carte).

Guerre russo-turque 1828-1829

L’empire russe décide de soutenir la révolte des Grecs orthodoxes contre l’empire ottoman.
Après une alliance navale anglo-franco-russe et quelques succès contre l’empire ottoman, le duc de Wellington adopte une attitude menaçante vis-à-vis de la Russie et apporte brusquement un soutien moral à la Turquie. La convention d’Akkerman est dénoncée et le tsar Nicolas 1er déclare la guerre à l’empire ottoman. Au-delà du conflit dans les Balkans, l’armée russe s’empare de l’Abkhazie puis de la Gourie et avance jusqu’à Constantinople. Le sultan demande la paix et signe le Traité d’Andrinople.

Une partie de l’Arménie occidentale (province d’Igdir) devient russe et va contribuer à former l’Arménie russe avec le Khanat d’Erevan.
La Géorgie occidentale devient russe, ce qui permettra à terme de reconstituer la Géorgie.

L’Arménie

La Grande Arménie a vécu et en 1828, elle est réduite à l’oblast d’Arménie au sein de l’empire russe. Plusieurs modifications de frontières ont lieu jusqu’en 1849.
Malgré la victoire lors de la guerre russo-turque de 1877 dans les Balkans, seules les régions de Kars et Ardahan rejoignent l’Arménie. Les autres restent dans l’empire ottoman.

1828
3ème république

Une impression de chauvinisme russe est perçue par les arméniens au cours du 19ème siècle et malgré quelques réformes du tsar Alexandre II, apparaissent des mouvements nationalistes.
Une russification importante est lancée en 1885. L’Eglise arménienne est persécutée, ses biens sont confisqués en 1903.
Croissance du nationalisme qui contribuera fortement à la révolution russe.

La République démocratique d’Arménie verra le jour en 1918.
Ses frontières continuent de changer pour finalement arriver à la 3ème république.

Géorgie

La Géorgie elle aussi a une histoire très riche, dont l’apogée est au Moyen Age.
Le royaume est divisé en 1490 pour former 3 états souverains qui ont chacun leurs histoires respectives : l’Iréméthie, la Kartlie et la Kakhétie

Il retrouve une unité partielle avec des frontières différentes en 1760 sous la forme du royaume de Kartl-Kakhétie, annexée en 1801 à l’empire russe.

Puis il regroupe la Géorgie occidentale et l’oblast arménien en 1840 jusqu’en 1846, date à laquelle il est coupé en 2

  • gouvernement de Tiflis dont le périmètre va varier et fusionner avec la République démocratique de Géorgie en 1918,
  • gouvernement de Koutaïssi qui regroupe aussi l’Abkhazie en 1864 et qui deviendra République démocratique de Géorgie en 1918
Année 1220
Année 1918

Evolution vers le 21ème siècle

En novembre 1917, après la Révolution russe d’octobre, sur la base des frontières laissées par l’Empire russe et décrites ci-dessus,  la cohabitation des trois peuples sud-caucasiens – arménien, azerbaïdjanais et géorgien – se heurte aux sentiments nationalistes.

Quatre républiques se partagent actuellement le Caucase :

  • la Russie dont la Tchétchénie, république constitutive de la Fédération de Russie
  • la Géorgie avec 2 régions indépendantes autoproclamées en 1992 : l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud – Alanie , reconnues essentiellement par la Russie
  • l’Arménie
  • l’Azerbaïdjan avec 2 régions sensibles : le Nakhitchevan, république autonome reconnue et le Haut-Karabagh, république autoproclamée en 1991 non reconnue.

Et voilà.
Evidemment, je ne suis pas historien et il est fort probable qu’avec un tel condensé, certaines informations soient trop légères, voire erronées.
Mais j’espère donner un aperçu pour mieux comprendre les récents conflits du Caucase.

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