Le genre de livre que j’aime :

  • il est franchement abimé, le challenge est intéressant.
  • sa taille in quarto, agréable à travailler
  • sa date, 1679, on peut imaginer ce qu’il se passait à cette époque

Et pourtant, je ne sais pas encore comment m’y prendre. En attendant ma prochaine formation, tutoriels sur YouTube.

Il s’agit de l’édition de 1679 du “Parfait Mareschal”, les 2 tomes reliés en 1.

Discussion avec des amis à qui je raconte mes nouvelles occupations pendant ma retraite.

“De la reliure, des vieux livres … attends ! ” et elle revient avec ce livre. “Si tu peux en faire quelque chose, vas-y “

Je ne sais pas encore dans quelle galère je m’engage. Je vous en raconte les grandes lignes, vu par un débutant amateur, en vous épargnant les détails connus par les amateurs avertis.

1ère étape, le nettoyer.

Le cuir n’aime pas l’eau, savon Brecknel. Toutes les questions possibles m’arrivent.

  • est-ce possible ?
  • comment boucher les trous du cuir ?
  • pourquoi il n’est pas partout de la même couleur ? on dirait qu’il y a 2 textures différentes : la chair ? la fleur ?
  • faut-il changer les cartons, je n’ai encore jamais réparé de coins en chou-fleur

Il faut aussi nettoyer l’intérieur, les pages une par une à la petite brosse pour enlever la poussière. Je retrouve des grains coincés dans les fonds des cahiers.
Pour le moment, on nettoie tout sans rien détruire pour faire l’analyse de la structure.

En garder le plus possible.

 

 

Outre les pages déchirées, un cahier qui se détache en milieu de livre, il manque des pages. Non, il manque un cahier entier après la page 384 du tome 2.

 

Je fais donc connaissance avec Gallica de la BNF et je retrouve une édition de 1754, plus récente que la mienne et révisée. La déontologie m’interdirait de le faire mais je décide de rajouter les pages qui manquent sur la base du pdf que je télécharge.

Démontage du cuir

Décollage des contre-gardes avec les écritures manuscrites
Aucune difficulté, il ne tient plus. Les remplis sont fragiles et le cuir est sec malgré la cire 

 

Retrait de tous les papiers collés sur la chair et ponçage léger

Analyse de la structure

  • ficelles, fils et passures à 3 trous
  • couture sur vrais nerfs, le fil fait le tour du nerf
  • tranchefiles, ou ce qu’il en reste
  • qualité/texture/couleur du papier et grammage
  • claies

On défait les nœuds des ficelles – passure à 3 trous

Nettoyage des cartons, ponçage, réparation des coins et restructuration des surfaces avec de la tylose

Repérage du plan de couture

Exercice difficile au début et à la fin du livre sachant que les charnières sont très abimées et que les derniers cahiers manquent. On trouve toutefois une régularité pour deviner. On quand même environ 80 cahiers.

On ne démonte pas le livre mais cela permettra de coudre les cahiers manquants selon le modèle initial

Cela permettra aussi de définir la taille des cahiers de garde qu’il faudra reconstituer

Reprise de couture des cahiers déboités sur les nerfs existants, couture sur vrais nerfs

Création des pages manquantes

Choix du papier des pages supplémentaires avec Jean-Pierre Gouy, “Les Papiers du Moulin”   

Essais d’impression avec Photoshop pour redonner une couleur et faire des taches proches des pages existantes…et malgré le calibrage couleur des écrans d’ordinateurs, l’imprimante ne fait pas exactement ce qu’on lui demande. Il faudra faire plusieurs essais.

Il manque exactement 12 pages de 385 à 396 qu’il faudra imprimer en In Quarto pour faire des feuillets. Mais le texte manquant commence au milieu de la page 372 de la nouvelle édition de 1754.

Tricher pour tricher, grâce à Photoshop, je reprendrai la numérotation, les réclames de bas de page et les textes pour imprimer des pages complètes et cohérentes.

Impression des pages manquantes, – page 384 ancienne à gauche et 385, nouvelle à droite après restauration

Couture des cahiers et feuilles supplémentaires sur les nerfs existants

  • cahiers de garde
  • feuillets de titre
  • claies en muraille qui passeront sous les contre-gardes
  • anciennes contre-gardes manuscrites

Reprise des ficelles cassées en s’accrochant dans les nerfs existants

Passures à 3 trous

Collage des claies muraille sur le dos

Tranchefiles cousues à 2 couleurs

Le corps d’ouvrage est à peu près restauré en fonction de ce que je sais faire. Il faut remettre le cuir. Et là, problème…

Il s’est peut-être un peu retracté malgré la cire qui aurait dû lui donner de la souplesse mais surtout le cops d’ouvrage s’est épaissi avec le rajout des feuillets manquants et des claies.

Décision contraire à la déontologie mais comme le rempli du 1er plat est trop abimé, je décide de ne pas le conserver et de refaire complètement le bord. Le principal est de faire rentrer les nerfs dans le cuir avec le 2ème carton en place.

Ensuite, je refais les coiffes, les coins, je rebouche les lacunes avec des greffons cuir.

Aucun tutoriel ne précise comment éviter la marche entre l’ancien et le nouveau. On peut imaginer mais sans succès, il faudra attendre la formation pour découvrir l’élagage et le contre-élagage. En attendant, ce livre sera le témoin d’un travail de débutant.

La reprise de teinte avec de la peinture sur soie non plus n’est pas terrible. J’apprendrai plus tard qu’il faut préparer le cuir et aussi charger la peinture sur soie avec de l’aquarelle.

Et voilà le travail !

Beaucoup de temps passé, et j’ai découvert préférer la restauration de ces livres anciens à la création de nouvelles reliures. 

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1 commentaire

  1. Site très didactique sur la reliure ; de belles photos pour illustrer le propos….
    Ce qui m’a amené à ressortir un vieux manuscrit que j’avais mis de côté ne sachant que faire vu son état! Aventures de Telemaque ,par Fénélon, édition Henault de 1826
    Quel conseil me donnerais tu Emmanuel ?

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